Expatriation : le retour

Il m’aurait fallu plus de deux ans pour que je vous livre mon témoignage sur mon retour. Deux années à y penser, à commencer cet article des centaines de fois dans ma tête sans jamais arriver à le coucher sur du papier… J’avais rédigé un article pour Femme Expat sur mon installation à Macao, mon retour me semblait plus compliqué, plus délicat à aborder…

Quand on part, on est préparé. On a pensé à tout, on sait où on va, ce que l’on souhaite faire, quelles seront les épreuves (langues, papiers, …etc) même si on les sous-estime, on est relativement préparé, renseigné. Quand on revient, on ne se prépare pas car dans notre tête, cela nous semble « simple ». On retourne vers d’où on vient, vers le connu. Comme une lettre qui retournerait à son expéditeur. On a l’impression que ce sera facile vu que l’on rentre « chez nous ».

Or tout est pareil mais tout est différent.

Le choc culturel inversé:

Le choc culturel inversé, c’est revenir dans son pays d’origine et ne plus se sentir chez soi. Beaucoup d’expatriés en font une dépression ou développent de l’anxiété « Si je ne suis plus bien chez moi ? Où dois-je aller ? ». Vivre dans un pays culturellement différent, revient à être dans l’apprentissage permanente où toutes nos convictions sont bousculées. Arriver à s’intégrer dans un pays, se créer un cercle d’amis, trouver un travail, un appartement, … est une fierté en soi, un sentiment d’accomplissement dont on en est le principal acteur.

Revenir dans son pays d’origine, c’est se résoudre à quitter ce qu’on avait construit, ses amis, ses petites habitudes qu’on s’était créées. C’est perdre de nouveaux repères pour aller vers des anciens qui ne sont plus les mêmes.

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Expatriation : le retour administratif

Commençons avec les joies administratives auxquelles vous êtes vite confrontés.

Ce n’est pas parce qu’on a la nationalité de son pays que pour autant les administrations vont nous accueillir les bras ouverts.

Il faut savoir qu’il y a une ENORME différence pour ceux qui partent vivre en-dehors de l’Union Européenne (comme moi) et ceux qui partent vivre dans l’Union Européenne. Pour moi, la mauvaise nouvelle a été d’apprendre que le travail à l’étranger ne comptait pas.

Ce qui voulait simplement dire que ces années à travailler 6 jours sur 7, se résumaient au néant administratif et ce, malgré mon contrat et mes fiches de salaire comme preuve.

Je me suis également retrouvée pendant plus de 6 mois sans mutuelle. Domiciliée à l’étranger (hors UE), ma mutuelle s’était coupée. Pendant 6 mois, j’ai donc prié tous les saints qu’il ne m’arrive rien…

A chaque démarche administrative, il a fallu que je rentre un énorme dossier avec toutes les preuves possibles et imaginables comme quoi j’avais bien travaillé là-bas (fiches de salaire pour tous les mois prestés, contrat de travail, … ) et tous les documents traduits officiellement car personne ne fera l’effort de comprendre votre contrat en anglais ou vos fiches de salaire en cantonais ou portugais.

Ca m’a pris 6 mois pour que tout soit plus ou moins en ordre et pour récupérer mes droits… du moins au minimum. 6 mois alors que je ne suis pas mariée avec quelqu’un de nationalité différente et que je n’ai pas d’enfants qui devraient rejoindre un système scolaire.

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Expatriation : le retour à la vie sociale

Quand je suis rentrée, j’ai pensé « naïvement » que tout allait être comme « avant ». Mais une fois, l’euphorie passée de retrouver tout le monde et que la vie normale reprend… On se rend compte que vos proches se sont habitués à faire sans vous, ils se sont habitués à votre absence, ils ne pensent plus forcément à vous appeler car ils ont perdu l’automatisme. Même si pour les plus proches rien ne change, pour d’autre il faut retrouver sa place. Comme si nous recommencions une relation sur des souvenirs. C’est également se rendre compte de toutes les choses que vous avez ratées ; des moments de joie comme des moments plus difficiles que vos proches ont traversés sans vous.

Socialement aussi… On vous témoigne beaucoup plus de considération quand vous vivez à l’étranger que quand vous revenez. Quand vous vivez à l’étranger, vous véhiculez une sorte de rêve, de phantasme exotique « Oh tu vis à l’étranger c’est super… Raconte ! » …

Quand vous rentrez, vous subissez à chaque soirée les mêmes questions « Alors c’était comment ? » « Et tu mangeais quoi ? » « Et tu parles chinois ? » « Et tu comptes repartir ? » et après avoir répondu machinalement, vous devenez dénuée de tout intérêt aux yeux des autres. Vous devenez une sorte de « boulet social », la nana qui est partie s’éclater en Asie et qui revient profiter du système…et bien oui parce que forcément à la question du « Et tu vas faire quoi maintenant ? » vous n’en savez juste rien ou pas grand chose parce que vous avez été occupé à régler votre administratif, que vous ignorez ce que vous valez encore sur le marché de l’emploi de votre pays et que vous êtes en train de chercher un nouvel endroit pour vivre…

Quelques conseils:

Prenez du temps pour vous ! Apprenez à définir qui est votre nouveau MOI et ce que vous souhaitez réellement faire de votre vie. Tout est possible, j’ai rencontré beaucoup d’expatriés qui se reconvertissaient professionnellement. Et si je peux vous conseiller quelque chose : ne le prenez pas comme une épreuve mais prenez-le comme un nouveau challenge, une nouvelle route qui s’offre à vous. Ne décidez rien à la hâte.

Un ami m’a dit un jour, cette phrase qui m’a beaucoup aidée: « Carole, tu as été capable de partir à l’autre bout du monde, trouvé un boulot, te battre pour ton visa, t’as réussi à trouver un appartement, à te faire des amis, … Je pense que tu es tout à fait capable de rebondir dans ton environnement d’origine ». Gardez confiance en vous et prenez du recul sur toutes les choses que vous avez déjà réalisées.

Et n’oubliez pas que tout est toujours en mouvement dans la vie… Rien ne dure…pas même nos problèmes.

 

14 Comments

  1. Ton témoignage est très touchant. On sent bien la difficulté que tu as éprouvé en “rentrant” au pays. Je pense que si je devais revenir en France, je serais vraiment mal et angoissée. Ça semble tellement plus simple de partir que de revenir.. xx

    • Carole_C Reply

      Mais de rien Ophélie, merci à toi de le lire… C’est exactement ça… Mais je pense que les voyages nous offrent une capacité plus forte à rebondir… Ne trouves-tu pas ? Ton blog est très chouette aussi 😉

  2. Oh que je te comprends ! J’ai eu d’abord beaucoup de mal à retourner dans mon pays d’origine lorsque je suis revenue d’Erasmus, alors que je n’étais partie que 5 mois. Je suis Belge aussi mais n’ai jamais pu me résoudre à rester vivre en Belgique après cette expérience et je suis maintenant expatriée depuis 2 ans. Revenir en Belgique est hors de question pour moi, au moins pour le moment, et personne ne le comprends, ça aussi c’est très dur à gérer ! Mais si jamais l’envie me prenait soudainement de retourner dans mon pays d’origine (ce qui m’étonnerait vu que mon rêve est d’aller vivre dans le sud mais on ne sait jamais ahah), je sais que j’aurais énormément de mal à y retrouver ma place auprès de mes amis.
    Et puis je ne connaissais pas du tout toute la bataille administrative et rien que de lire tes quelques lignes à ce propos ça m’a déjà fatiguée !
    J’espère que ça va mieux maintenant pour toi quand même :).

    • Carole_C Reply

      Merci pour ton gentil commentaire Léonor. Oui les premiers temps ont été difficiles mais aujourd’hui les habitudes ont repris : heureusement !
      Oui je te comprends bien… Il fut une époque à Macao où je n’envisageais aucunement de partir ! J’en profite pour parcourir ton blog : très sympa d’ailleurs ! 😉

  3. Tres beau “retour” d’experience 🙂
    Ah c’est vrai que le travail a l’étranger ne compte pas, j’arrête pas d’oublier… Me marier en France en vivant a l’étranger, avec un étranger, m’a donne un bon coup de fouet administratif…Pour les amis, j’en ai beaucoup qui commencent a s’expatrier et leur premier constat c’est de se rendre compte a quel point c’est difficile de garder le contact avec “the mothership” si cela ne vient pas d’eux donc heureusement pour moi je pense que si je decide de rentrer en France, les amities seront toujours la.

    • Carole_C Reply

      Merci Sarah pour ton commentaire ! Oui je te le souhaite ! 😉

  4. Ton témoignage est incroyablement touchant. Du coup je redoute mon retour en France dans sept mois, parce que j’aime vivre à Londres beaucoup plus que là où j’habitais avant.
    En tout cas, je continue à penser que les expatriés comme nous sont courageux pour affronter tout ça, et en voyant l’une des raisons !

    Bisous,
    Camille

    • Carole_C Reply

      Oui ils sont courageux et je pense surtout que les gens ne soupçonnent pas ce que ça peut être, ce que l’on peut ressentir… je te souhaite bon courage pour ton retour… Après une personne n’est pas une autre, tu peux plus vite rebondir que moi ! C’est vraiment ce que je te souhaite !

  5. Merci pour cet article très intéressant ! Je me dis souvent que j’aimerais rentrer, mais uniquement pour ma famille.. J’aime beaucoup vivre à l’étranger et si je pouvais, je visiterais le monde entier ^^ Et même si je me vois revenir en France à long terme, ça me fait un peu peur quand même (ne pas trouver ma place, un emploi, m’ennuyer…) ^^

  6. Merci pour ce témoignage enrichissant ! Je suis actuellement expatriée (en Europe, ce qui est bien différent que d’aller à l’autre bout du monde, je l’accorde) et je n’ai aucune idée de quand je rentrerai… J’ai encore envie de vivre au Portugal ou, “au pire”, d’aller m’installer dans un autre pays mais certainement pas de rentrer en Belgique… Je ne vois pas ce que j’y ferai en ce moment, le marché de l’emploi étant tellement pauvre à mes yeux… Et je me rends suffisamment compte aussi que la vie continue sans moi et que finalement, ça fait peur de se dire qu’un jour, on devra probablement (ou pas, qui sait) rentrer et s’immiscer dans ce cercle social qu’on croyait toujours protégé… alors que non, la vie continue, même sans moi…
    Je suis bien contente en tout cas d’avoir lu ton article, ça a confirmé ce que je pensais et ça change de lire des articles sur le retour au pays et pas seulement sur le fait de s’expatrier 🙂

  7. Completement d’accord avec toi! Je suis expat en Angleterre, et je vois plusieurs de mes amis galerer a leur retour en France. Pas de projets de revenir pour moi mais si je rentre un jour, je sais que j’aurais du mal a m’adapter. 🙂

  8. “Tout est pareil mais tout est différent », je pense que tu as parfaitement la situation. J’ai ressenti la même chose et je ne suis partie que 4 mois 🙂

  9. Joli article, très touchant. L’administration française ne fait clairement pas de cadeau.
    Dans un registre moins “définitif”, je vais partir qq mois en voyage et je ne sais pas si le retour sera “facile” ou si ce ne sera pas le moment de se redéfinir, comme tu le dis si bien !

  10. Haha mais je vois tellement bien la situation ! J’ai mis un an à me remettre de mon retour de New York et pourtant je n’étais même pas partie deux ans, et c’était New York, pas Macao !!!
    La remarque de ton ami résonne également chez moi, puisque très régulièrement, Chéri-Bibi me fait la même, surtout quand je lui dis que “boarf j’ai pas le courage” de faire ci ou ça…
    Quand je suis “revenue” à paris, j’ai repris un job dans mon ancienne boîte, mais ça ne m’a pas du tout emballée et in fine, je vais changer de taf dans quelques semaines, en espérant que ça améliore grandement les choses 😉
    Moi aussi, j’ai longuement maturé plusieurs brouillons d’articles sur ce retour dans ma tête, sans jamais vraiment trop publier… J’avais juste écrit ça : http://pompommegirl.blogspot.fr/2016/05/top-15-des-choses-qui-me-manquent.html mais ça ne prend pas en compte ce que j’ai complètement ressenti au fond ^^

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